Le jeu vidéo est un média en plein essor depuis quelques années. En terme de popularité et de chiffres d’affaire, certaines grosses productions comme la série des Call Of Duty génèrent des ventes conséquentes, et bénéficient de budgets de production qui n’ont rien à envier à ceux du grand écran. Cette expansion massive du jeu vidéo dans les foyers soulève bien évidemment des questions légitimes sur l’effet que peuvent avoir les jeux vidéo sur différents publics. Malheureusement, ces interrogations pointent bien souvent des aspects négatifs vis à vis des jeux vidéo, et occultent tout ce que ceux-ci peuvent nous apporter de bénéfique. Car oui, les jeux vidéo ne sont pas plus violents et nocifs pour la santé mentale de nos chères têtes blondes que peuvent l’être les émissions de télé réalité vulgaires dont sont gavés les adolescents à longueur de journée.

[quote type= »center »] Le jeu est le creuset de toutes les aptitudes à manier des représentations et à jouer des rôles sociaux… Le jeu structure les civilisations.

Leo Frobenius (1873-1938), éthnologue[/quote]

Le jeu vidéo peut être porteur de messages, de valeurs qui dépassent de loin le seul cadre de loisir simple et abrutissant qui lui est attribué. Afin de le démontrer, je passerai en revue deux jeux qui font partie des piliers de ma culture de joueur et qui m’ont beaucoup enrichi, de par la qualité de leur narration mais aussi grâce à la seconde lecture qu’ils nous offrent. Le premier jeu sera Metal Gear Solid et le second sera Final Fantasy X.

La suite de l’article contient des éléments sur l’intrigue de Metal Gear Solid et sur le contexte historique et culturel de Final Fantasy X.

Metal Gear Solid est sorti en Europe le 26 février 1999, sur la console PlayStation de Sony. Ce jeu de type action infiltration permet au joueur de diriger le personnage de Solid Snake, un soldat d’élite qui appartenait à l’unité Fox Hound (groupe spécialisé dans les missions d’infiltration à haut risque), et qui est rappelé par son ancien commandant en chef, le colonel Campbell, afin de résoudre une crise qui pourrait avoir de grandes conséquences pour l’équilibre mondial. En effet, un groupe de soldats génétiquement modifiés, placé sous le commandement de l’unité Fox Hound, organise une rébellion lors d’un exercice sur l’ile de Shadow Moses, au large de l’Alaska et prennent le contrôle des installations nucléaires présentes sur l’ile. Les terroristes exigent de la part du gouvernement que les restes de Big Boss, le plus grand soldat que le 20ème siècle ai connu, leur soit remis, avec une somme d’un milliard de dollars. Si leurs exigences ne sont pas remplies, alors les terroristes lanceront une frappe nucléaire. L’objectif de Snake est double: il doit sauver Kenneth Baker, le président de la compagnie Armstech (spécialisé dans l’armement) ainsi que Donald Anderson, le chef du DARPA mais aussi évaluer les capacités nucléaires des terroristes, et les empêcher de lancer une frappe nucléaire.

Comme nous avons pu le constater, le thème du nucléaire est largement repris dans la trame scénaristique de Metal Gear Solid. Il faut savoir que le créateur du jeu, Hideo Kojima, est un pacifiste convaincu. Il s’oppose grandement à l’utilisation d’armes nucléaires, ce qui n’est pas étonnant vu que Hideo Kojima, d’origine japonaise, a vécu les catastrophes de Hiroshima et Nagasaki comme un vrai traumatisme, bien que celui-ci n’était pas encore né quand elles se sont produites. A travers de nombreuses cinématiques, Hideo Kojima adresse au joueur son message anti-nucléaire en insistant sur le difficile recyclage des ogives nucléaires qui sont démantelées, ainsi que le rejet massif de déchets nucléaires dans l’espace. 

La thérapie génique est également abordée dans Metal Gear Solid. Le docteur Naomi Hunter, qui assistera Snake pendant sa mission, est spécialisée dans ce domaine. Elle nous explique au début du jeu comment, avec l’aide des cellules de Big Boss, elle a pu réussir à isoler ce qu’elle appelle des gênes soldats qui font de Big Boss le soldat légendaire qu’il était, avec des aptitudes physiques et mentales exceptionnelles. Solid Snake a lui même bénéficié de cette thérapie génique, tout comme Liquid Snake, le chef du groupe Fox Hound qui a pris d’assaut l’ile de Shadow Moses.

[learn_more caption= »Cette partie cachée contient des spoils sur l’intrigue de Metal Gear Solid, mais est nécessaire à l’argumentation. »] Seulement voilà, tandis que Solid Snake possède tous les « bons » gênes qui faisaient de Big Boss un soldat exceptionnel, Liquid Snake a lui hérité de tous les gênes récessifs, et s’est toujours considéré comme étant un enfant poubelle, utilisé dans le seul but de voir Solid Snake être crée. Solid Snake parviendra finalement à vaincre Liquid, qui s’avère être son frère jumeau et c’est à l’extrême fin du jeu que tout nous est finalement révélé : C’était en fait Liquid Snake qui était possesseur de tous les meilleurs gênes de Big Boss, alors que le héros Solid Snake était à la base conçu pour être inférieur ![/learn_more]

Derrière le coup de théâtre parfaitement ficelé expliqué dans la zone ci-dessus, Hideo Kojima aborde avec brio le thème de la génétique et de la destinée. Ce ne sont pas nos gênes qui conditionnent notre future vie, mais bien nos actes. Notre vie n’est pas écrite dans nos gènes, c’est à nous de la vivre et de la mener comme bon nous semble.

[quote type= »center »] Un homme fort ne se contente pas de lire l’avenir, il le construit lui-même.

Solid Snake, héros de Metal Gear Solid[/quote]

C’est une belle leçon de vie que Hideo Kojima nous enseigne à travers Metal Gear Solid. Le créateur nippon utilise le média du jeu vidéo pour transmettre ses idées, sa philosophie de vie, ce qui nous prouve bien que le média du jeu vidéo peut lui aussi être utilisé à des fins pédagogiques.

Pour mon deuxième exemple de jeu, j’ai choisi Final Fantasy X, sorti le 24 mai 2002 en Europe. La saga des Final Fantasy regroupe un ensemble de jeux de type RPG qui immerge le joueur dans des merveilleux univers fictifs. La série aborde souvent à travers ses différents jeux des thèmes complexes, même si l’histoire de chacun des opus n’est jamais la même. Pour exemple, le joueur retrouvera souvent des créatures communes, comme les chimères aux noms de divinités (Shiva, Bahamut…) mais aussi des personnages communs. Ainsi, pour la petite anecdote, depuis la sortie de Final Fantasy 2, chaque opus possède un personnage qui porte le nom de Cid !

Après cette parenthèse sur la saga des Final Fantasy, attardons-nous sur Final Fantasy X (FFX) en détail. FFX se déroule dans le monde de Spira, et aborde plusieurs thématiques qui rappellent au joueur le monde contemporain dans lequel il vit. Sin, un monstre surpuissant, terrorise le monde de Spira et sème la mort dans toutes les villes qu’il traverse. Cette créature (dont le nom traduit en français signifie « péché ») est née afin de punir les hommes de leurs péchés et ne disparaitra qu’après que la race humaine les aient expiés. C’est du moins ce qu’affirme la religion fictive de Yevon, dont la plupart des habitants du monde de Spira sont de fervents croyants. En effet, près de 1000 ans avant le début du scénario de FFX, les hommes vivaient dans des métropoles géantes ou la technologie et l’armement était présents en masse, et ou les peuples se faisaient la guerre sans pitié. C’est dans ce climat de tension extrême que serait apparu Sin, selon la religion yévonite. Le monstre sans pitié détruisit les deux plus grandes villes de Spira qui étaient en guerre, Zanarkand et Bevelle, ne laissant que la mort et la destruction sur son passage.

Près de 1000 ans plus tard, le monde de Spira est surtout composé de petits villages qui vivent de manière simple. L’usage des technologies est strictement interdit par la religion de Yevon, que le peuple de Spira suit aveuglément dans l’espoir de voir un jour disparaître Sin. Le parallèle est difficile à nier entre la religion fictive de Yevon et les religions réelles que nous connaissons tous. Dans le monde de Spira, la religion de Yevon permet de faire tenir le peuple moralement, de lui donner de l’espoir. En effet, comment accepter de vivre dans un monde ou une créature mortelle détruit des villes entières, sans avoir l’espoir que celle-ci ne disparaisse un jour ? Sans cette espérance et cette foi dans la religion, Spira se noierait dans le désespoir le plus complet.

Sin, l'incarnation vivante des péchés de l'humanité, sème la destruction sur son passage.

Sin, l’incarnation vivante des péchés de l’humanité, sème la destruction sur son passage.

Outre le thème de la religion, les préoccupations écologiques sont également au centre de Final Fantasy X. En effet, il existe un vrai contraste entre le monde très artificiel de Spira à l’époque ou Sin n’existait pas encore, qui semblait pollué, surpeuplé et dont les humains avaient totalement pris le contrôle, et le monde de Spira à l’époque ou l’intrigue prend place. Celui-ci est verdoyant, plein de petits villages ou les habitants sont très respectueux de leur environnement, et ou la nature a repris ses droits.

D’un aspect social, il est intéressant de s’attarder sur le cas d’un peuple de Spira : le peuple des Al Bhed qui vit marginalement, à l’écart des autres peuples de Spira. Les Al Bhed possèdent une réputation pitoyable et sont souvent considérés comme des voleurs, des vagabonds, des mécréants qui ont tourné le dos à la religion de Yevon (seule religion de Spira) pour vivre dans le péché en utilisant des machines interdites. Les Al Bhed s’expriment dans un langage qui leur est propre et qui demeure incompréhensible pour les autres peuples de Spira, ce qui les isolent encore plus du reste du monde. Ils possèdent également une caractéristique physique : leurs yeux sont verts et leurs iris entourés d’une sorte de tourbillon particulier qui permet de les identifier rapidement.

Le peuple des Al Bhed renvoie directement à l’isolement dont sont parfois victimes certains peuples, uniquement car ils s’expriment dans un langage particulier et n’obéissent pas à la religion majoritaire dans leurs pays. Final Fantasy X revisite donc à sa manière le thème de l’exclusion sociale, voir même du racisme, ce qui en fait tout sauf un jeu vidéo superficiel.

Ces deux jeux ne sont que des exemples parmi tant d’autres des messages cachés que peuvent nous offrir les jeux vidéo. Certaines œuvres vidéoludiques peuvent même être plus riches et pédagogiques que ne le seront jamais d’autres productions ayant pour but le divertissement. Jouer tout en réfléchissant sur le monde qui nous entoure, sur notre perception par rapport à des thématiques comme la religion, le racisme, les relations sociales… Je ne  prétends pas que tous les jeux vidéo sont instructifs, mais ils ne le sont pas moins que n’importe quel média de divertissement. Le jeu vidéo est un outil à la disposition de son créateur, et c’est lui qui est libre d’en faire ce qu’il veut, d’y faire passer des messages qui lui tiennent à cœur, à lui comme à son équipe de développement. Le jeu vidéo est un merveilleux outil de divertissement, et il serait désormais temps, au lieu de le blâmer, d’essayer d’en tirer le meilleur de ce qu’il peut nous offrir.

[quote type= »center »] Dire que le jeu vidéo est violent est aussi crétin que de dire qu’une feuille de papier est violente, ça dépend de ce que l’on met dedans.

Michel Ancel, concepteur de jeux vidéo[/quote]

  • Encore un très bel article comme tu as l’habitude de les faire 😉
    Le monde des jeux vidéo est un univers à lui seul que j’adore exploré car il y a toujours quelques de bien qui se cache ici et là

    Bonne continuation mon grand et belle plume :p

    • Merci pour ton commentaire sur mon article, ma plume envie ta plume qui est plus que prolifique 🙂
      Le monde du jeu vidéo… C’est l’un des plus beaux monde qui soit !

  • Je viens de découvrir ton blog, et je trouve ton article très intéressant et bien écrit. Le procès que l’on fait au jeux vidéo est ridicule et non adapté au médium du jeux vidéo. Ca me fait penser à un article que j’ai écrit sur mon blog 🙂
    https://neko-in-space.blogspot.fr/2017/06/les-jeux-video-expliques-ta-mere.html